La crise actuelle a montré que notre secteur industriel, notamment, n’était pas à la hauteur de ce qu’un pays aussi développé que le nôtre pouvait et devrait espérer.
En effet, c’est avec stupéfaction que la population helvétique a découvert que la Suisse n’avait pas la capacité de produire suffisamment d’équipements médicaux et de médicaments pour couvrir l’ensemble des besoins de la population. Pourtant la Suisse n’est-elle pas le pays de l’industrie pharmaceutique ?
S’il est illusoire de penser pouvoir vivre en autarcie, je le concède, il n’en reste pas moins criant que notre industrie n’est pas/plus à la hauteur de sa réputation. Résultat de longues années de désindustrialisation,
dont les responsables sont les capitaines d’industries libéraux et leurs relais politiques. Pour en revenir au titre de cet article, en 1993, au lieu de concéder une maigre loi sur la participation, Dame Helvétie aurait dû réfléchir à une véritable cogestion des entreprises par les salariés et/ou leurs représentants. Il est évident que nos fleurons n’auraient pas délocalisé la production vers des contrées où le partenariat social et la protection des travailleurs ne sont que des vœux pieux.
Aujourd’hui, et pour demain, il est indispensable que nous revoyions notre modèle économique. Une entreprise codirigée par ses salariés n’aurait pas la tentation de détruire son outil de travail. Elle n’aurait pas l’idée de s’envoyer travailler à l’autre bout du monde. Au contraire, elle maintiendrait les emplois en Suisse, prévoirait des conditions de travail décentes à ses salariés, réinvestirait ses bénéfices dans l’amélioration de l’outil de production. En bref, elle n’aurait pas la fâcheuse tendance d’être une pourvoyeuse de rémunérations indécentes pour ses dirigeants et de dividendes impossibles à ses actionnaires. Évidemment des prescriptions d’ordre écologiques et éthiques devraient compléter, de manière impérative, les devoirs de ces entreprises « cogérées ».
Pour réaliser cette ambition d’une plus grande démocratie économique voici quelques pistes :
- Les « grandes entreprises », indépendamment de leur raison sociale, dont l’effectif de salarié·e·s dépasse les 50 (chiffre à étudier) seraient « Cogérées ».
- Un conseil d’administration, d’au moins 10 personnes, prendrait la tête de l’entreprise et en assumerait les décisions. Le nombre de membres du conseil, pourrait, bien sûr, être plus élevé, mais devra toujours comprendre un nombre pair.
- Ce conseil d’administration serait paritaire, comprenant un nombre égal de représentants du « patronat » ou des actionnaires et des salariés.
- Les représentants des salariés seraient désignés par l’assemblée du personnel et au moins la moitié de ces représentants devraient être salariés dans l’entreprise. Il ne pourrait y avoir plus d’un « cadre » comme représentant des salariés.
Les autres représentants des salariés pourraient venir de l’extérieur de l’entreprise, notamment via le syndicat du secteur économique correspondant, pour autant que celui-ci soit représentatif dans l’entreprise. Ces représentants extérieurs à l’entreprise ne pourraient être désignés, eux aussi, que par l’assemblée du personnel de l’entreprise.
- Si la présidence du conseil d’administration est assurée par un représentant du « patronat », la vice-présidence devra être assurée par un représentant des salariés. Et inversement.
- Les décisions au sein du conseil ne sauraient être prises qu’à la majorité qualifiée de 70% des membres du conseil.
- Les représentants des salariés devront poursuivre leur travail au sein de l’entreprise, pendant leur mandat à la tête de l’entreprise et pendant les 2 ans qui suivent, ils seraient protégés contre le licenciement (à l’exception des cas de fautes graves).
- Le mandat des représentants des salariés serait de 4 ans, renouvelable une seule fois.
- Durant ce mandat, ils ne pourront pas percevoir de rémunération supplémentaire autre que le salaire qui leur est dû en tant que travailleur. Des indemnités de présence pourraient être allouées, mais ne devraient pas dépasser Fr. 200.-. Le temps d’accomplir cette tâche serait compté comme temps de travail.
Bien sûr, ces propositions ne sont ni exhaustives ni figées, mais elles doivent permettre de mener notre société capitaliste vers la société socialiste dont nous rêvons toutes et tous. Elles sont un pas vers la socialisation des moyens de production et leur appropriation par les vrais créateurs de la richesse :
Les Travailleuses et les Travailleurs !
Pour que demain notre économie devienne vraiment sociale et démocratique.
Publié le 29 mai 2020 dans le Peuple.VS sous la rubrique « La Voix des syndicats »