L’année 2022 sera certainement une année chargée en termes de votation sur les retraites.
Tout d’abord avec le référendum lancé contre la révision AVS21. Ensuite avec l’initiative populaire des jeunes libéraux-radicaux (JLR) demandant respectivement l’ajout d’un mécanisme d’augmentation de l’âge de la retraite basé sur l’espérance de vie et celle de l’Union syndicale suisse demandant l’instauration d’une 13 e rente AVS.
Avec AVS 21 et l’initiative des JLR, c’est une énième tentative d’augmentation de l’âge de la retraite. Depuis des années, on ne compte plus les discussions sur cette question. Pascal Couchepin en 2003 déjà évoquait la retraite à 67 ans, provoquant alors, avec raison, un tollé sans précédent.
Si AVS 21 ne fait « que » augmenter l’âge de la retraite des femmes, ce qui est inacceptable en l’état, étant donné que c’est elles qui gagnent le moins durant la vie active et à la retraite, l’initiative des JLR est pire puisqu’elle désire introduire un mécanisme qui n’a rien ni de solidaire, ni de juste. Mais qu’attendre de la part de jeunes qui ne connaissent du monde ouvrier que ce que le dictionnaire en dit ?
Lorsqu’on exerce des professions demandant un haut niveau d’étude, souvent libérales, ou de cadre, il est assez facile de se payer une retraite anticipée et ainsi éviter de travailler jusqu’à 67 ans. Le 2e pilier est rempli et on peut même se payer le luxe de souscrire à un 3e pilier.
Mais si l’on est ouvrier de la construction ? Infirmière ? Serveur ? Vendeuse ? Etc… L’on peine parfois à boucler ses fins de mois lorsque l’on a un bas salaire (même à 100 %) il est illusoire de parler d’un 3e
pilier. De plus, certaines personnes ont un 2e pilier faible ou inexistant. D’autres ont des métiers dont la pénibilité est si grande qu’à 55 ans déjà, ils sont cassés ou pire ne retrouvent pas d’emploi car soi-disant plus assez productifs…
Travailler jusqu’à 67 ans, mais au chômage dès 55 Et ceci est le raisonnement des mêmes personnes qui souhaitent augmenter l’âge de la retraite, c’est un comble non ?
Alors pourquoi ne pas changer de méthode pour calculer l’âge de la retraite ?
Remettons au goût du jour le slogan syndical qui était le fer de lance de la lutte pour la retraite anticipée dans le bâtiment au début des années 2000 : « 40 ans, ça suffit ! ». 40 années de cotisations AVS devraient suffire à tout un chacun pour prendre sa retraite.
Ainsi les professions les plus pénibles, la plupart du temps les moins rémunérées, celles qui débutent souvent à 16 ans par un apprentissage, ne se verront plus pénalisées par une retraite qui ne prend pas en compte les années travaillées et qui s’éloigne comme la ligne d’horizon lorsque l’on est en mer.
Pour rendre ce système encore plus juste, des mesures supplémentaires doivent être prises dans le 1er et le 2e pilier :
- Obligations de cotiser à l’AVS et à la LPP dès l’entrée sur le marché du travail, c’est-à-dire, pour les apprentis aussi dès le début de l’apprentissage.
- Suppression de la déduction de coordination de la LPP et seuil d’entrée au même niveau que celui de l’AVS.
- Taux unique de cotisation LPP pour l’ensemble de la carrière, enlevant ainsi l’argument cher aux patrons que les employés plus âgés « coûtent cher ».
Avec l’adoption de ces mesures et une réforme des retraites dans ce sens-là, on aurait un accroissement naturel des rentes et nous ferions un pas vers plus de justice sociale.
Publié le 21 janvier 2022 dans le Peuple.VS sous la rubrique « La Parole aux syndicats »