Durant l’été, plusieurs journaux romands se sont fait l’écho de l’initiative de quelques entreprises tendant à la réduction du temps de travail en leur sein. Celles-ci parlent d’une semaine de travail réduite à 4 jours, en travaillant 10 heures par jour.
Depuis longtemps, la réduction du temps de travail est un combat des organisations syndicales et, plus largement, des partis socialistes. Le projet de ces entreprises est donc louable, bien qu’il n’inscrive pas une généralisation au niveau Suisse de cette réduction et que la durée quotidienne du travail reste trop élevée…
En Suisse, la durée hebdomadaire de travail est fixée par la loi sur le travail, le maximum est de 45
heures pour le personnel des entreprises industrielles et de bureau, ainsi que pour le personnel technique et les employés dans les grandes entreprises du commerce de détail. Pour les autres employés, la durée de travail peut aller jusqu’à 50 heures. Pour les travailleuses et les travailleurs non couverts par la loi sur le travail, la durée peut excéder ces 50 heures (agriculture : 55 heures).
Le peuple s’est exprimé par quatre fois (en 2002 la dernière fois) sur la réduction du temps de travail, toujours en rejetant ces initiatives, devant les arguments combinés des autorités fédérales et du patronat, arguant la perte de compétitivité et la « destruction de l’économie Suisse ». Rengaine assez régulièrement servie lors de toutes les propositions d’amélioration sociale.
Or, depuis plusieurs années, nos voisins ont tenté les expériences de réduction du temps de travail et
ils ont pu constater l’amélioration de la qualité de vie des travailleuses et des travailleurs, avec une diminution de l’absentéisme et surtout un effet positif sur la santé (moins de fatigue et de stress). L’exemple le plus connu est celui des 35 heures en France. Mais l’Allemagne n’est pas en reste, puisqu’un accord a été négocié entre les syndicats et les entreprises de la métallurgie pour une semaine de 32 heures sur quatre jours.
Aujourd’hui, nous connaissons les effets négatifs d’une trop longue durée de travail, tout comme nous connaissons les effets largement positifs pour l’économie qui peut compter sur des collaboratrices et des collaborateurs en bonne santé.
Nous avons donc le devoir d’agir pour que cette problématique soit résolue et nous pouvons raisonnablement exiger que le temps de travail soit réduit, légalement, à une semaine de 40 heures sur cinq jours. Sans réduction du revenu. Ainsi nous mettrions enfin en œuvre la revendication historique du 1er Mai : la journée de 8 heures.
Note de la rédaction
Lors de la grève générale de 1918, le Comité d’Olten avait rédigé dix revendications parmi lesquelles, l’une traitait déjà de la durée de travail hebdomadaire : « La semaine de travail ne doit pas dépasser 48 heures, soit 6 journées de 8 heures (65 heures par semaine actuellement)».
Plus de cent ans plus tard, il est saisissant de retrouver cette discussion à l’ordre du jour avec en prime, une durée journalière de 10 heures… Nos prédécesseurs avaient semble-t-il compris qu’on ne devait/pouvait pas exiger d’un travailleur une journée plus longue que 8 heures. Alors, cette proposition de réduction à 40 heures, en passant par une journée de 10 heures, est-elle louable ? ou n’est-ce là qu’un artifice pseudo social ? Au pire peut-être s’agit-il d’une mesure d’économie pour les entreprises sur le dos des employés ? Moins de charges à payer si quatre jours au lieu de cinq ?
En septembre 2017, les Femmes socialistes adoptaient le « Manifeste pour un socialisme pleinement féministe », qui défendait, entre autres, la réduction du temps de travail à la semaine de 35 heures avec les arguments suivants : « Cela permettra aux hommes et aux femmes de s’insérer sur le marché du travail. Aujourd’hui, les semaines de travail usuelles de 42 heures obligent quasiment les couples ayant des enfants, à charger un des deux partenaire de l’entièreté du travail domestique et celui du care, à travailler à temps partiel ou encore à externaliser entièrement ses tâches. Une semaine de 35 heures permettrait aux hommes et aux femmes de participer à la vie active tout en effectuant les tâches nécessaires dans le domaine du care et de la famille. Cela aurait pour conséquence la suppression de l’origine principale des inégalités sur le marché du travail. »
Publié le 20 août 2020 dans le Peuple.VS sous la rubrique « La Parole aux syndicats »